Le son des bouleaux

Des paysages intérieurs peuplés de mots, d’images et de notes, des gestes qui partent de l’antre, du souffle et des viscères, des muscles tendus puis relâchés. Ils se faufilent entre les pensées qui s’espacent, s’étalent tout en largeur de la vallée. Des mots remontent les flancs de la vallée, Nord et Sud, Chartreuse et Belledonne. Des sons rebondissent à plat dans les marais, que gardent les bouleaux silencieux d’hiver.

Ces paysages intérieurs sont tapissés de sons en résonances, de vibrations de corps à corps : le vent chuchote à l’oreille comme la main caresse la jambe, comme la tête reçoit les doigts agitant l’eau invisible.

Certains paysages intérieurs doivent engloutir Luc, parfois. Il passait par Crolles ; il prépare méticuleusement la prochaine photo les yeux fermés. Il avance à l’oreille, pieds et épiderme aux aguets. Il ressent la vibration, il pressent le chant des photons, lui l’absent parfois disparu dans son silence. Le vent lui susurre d’avoir l’oreille à la pensée d’Alice, il ne lui a pas encore téléphoné. Les bruits de moteurs l’agacent encore un peu, mais ce peu s’efface derrière la brise et la vibration de l’éclat de lumière entre les herbes.

Le Toy se tient dans sa carcasse, son poids de métal et de pneus l’attend sous l’arbre du parking, en bordure d’étang d’hiver. Luc attend encore : il ouvre l’œil, puis l’autre, puis l’appareil. Le photographe s’installe, les doigts règlent des positions. La photo saute dans la boite.

Luc respire, hume différemment après chaque photo attrapée dans le cadre. Il n’a pas voulu saisir le groupe qui déambulait en silence, en corde les reliant. Le groupe avait fermé les paires d’yeux pour retrouver l’ouïe. Deux par deux, les membres du groupe se retrouvaient ensuite à réveiller le corps d’un mouvement de terre, d’eau, d’air et de feu. Ils écoutaient une certaine Ingrid se taire, puis bouger, puis raconter deux histoires. Il les avait suivis fort discrètement, en ramassant leur présence de quelques clichés.

Les paysages extérieurs des marais se précipitent à chaque respiration, s’enfonçant dans les paysages du dedans. Le groupe se rapproche du parking et poursuit posément vers l’étang voisin. Les bouleaux se taisent toujours autant, peut-être ont-ils piégé les bruits de moteur.

 (Marais de Montfort à Crolles avec Ingrid R.,
janvier-février 2018
).

 

> Luc | Luc « vit-il » ? | Alice et l’« onde du temps ».

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