Les moments s’enchaînent sans trop de bruit, d’une forêt à l’autre par touches douces vertes et jaunes, lorsque Nils entr’ouve l’une des boites à secrets foisonnantes de vieilleries sans âge. La boussole et le briquet, le carnet et l’appareil de poche sont ces couples attendus dans les tréfonds du Toy. Luc, soliloquant au volant pour nourrir les kilomètres d’éclats de souvenir, évoque les rives plates de la Baltique, de celles qui renferment des trésors, comme des gouttes de vie emprisonnant parfois un corps d’insecte.
Un petit bout de résine, saupoudré d’une couche blanche que creuse un sillon se retrouve dans la main du garçonnet. La route en forêt a ce rythme boisé de timbres variés, suivant les essences. Le bouleau éclate de son écorce à la moindre lumière. Les conifères sont plus raides et plus sombres. Tous peuvent pousser sur la pierre, sur cette rondeur post-glaciaire. Dans la paume, ce petit bout de résine enrubanné de rouge l’intrigue. La forêt signifie lumière pour l’oncle, et variété de couleurs et de sons. Au travers des vitres du Toyota, la forêt même non loin de la route est un monde de surprises. Ce petit cylindre translucide un peu ébréché doit être de l’ambre.
« Des rochers de couleurs sable s’avancent dans la Baltique d’huile que rident des vaguelettes de vent. Le soleil d’août chauffe, imagine Nils, en laissant respirer, en laissant souffler une caresse. La lumière se faufile dans le sous-bois, caresse ce sous-bois moussu et vert, un sous-bois surprenant pour une pinède qu’ici habite de la vie. Le soleil d’été est à la hauteur de l’automne, il en a le goût et la beauté… »
Nils n’entend plus qu’à peine la mélopée du moteur sur laquelle roulent les récits nordiques de son conducteur. Cette résine est de l’ambre collante se jouant des doigts. De bosquets en trouées, c’est maintenant une fugue, la quintessence du langage, menée en mode mineur le plus harmoniquement renversant qui crée des tensions sensibles. Des pizzicati pourraient bien parler avec la flûte et le basson, alors que la clarinette et le cor se noueraient entre eux. Le cor soulignerait alors l’ensemble des voix, de concert avec le marumba, en un contrepoint préparant le glissement progressif vers ce grand méconnu qu’est l’alto, recombinant en chemin tous les timbres. Un hautbois, tapi, prendrait enfin les violons par l’archet pour chanter en roseau et en colophane.
Au travers du petit bout de résine glissent les vagues de lumière horizontale, éclatant des poussières de sons semble découvrir le neveu enturbanné de timbres, lequel se remémore l’un des albums de son oncle intitulé Klangstücke & Lichtstücke, ces bouts de sons et de lumières. Luc, lui, maintient son regard sur la route louvoyant à large cercle au sein du relief septentrional.
« Tu vois, mon grand, l’ambre de la Baltique peut conserver une vie qu’il serait si aisé de ressusciter d’un peu d’imagination, comme d’un regard pour la lumière jaune… » « Dis, Luc, est-ce que la colophane conserve elle aussi des notes ? »
–
« Tiers Livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »
- Lire l’écho : Colophane (EcritOL).
- Relire Ambre musical (AEdificavit).
- Découvrir l’ensemble des Vases communicants (EcritOL).