Le thé semble être l’acupuncture de la bouche, qui couvre d’un souffle le corps dans son entier à la frontières des idées ; parfois, un voile se pose sur la langue plus longuement que n’importe quelle note. Seule l’oreille peut le comprendre puisqu’elle sait garder des années un timbre avec toutes ses résonances -du Concertgebouw ou de la Philharmonie, se dit-on-.
Ce thé wulong semble commencer en sourdine, avant que la seconde mesure se phrase avec la troisième, non en crescendo mais dans une ample liaison, la note s’intensifiant progressivement. Sur l’instant, la nourriture est inutile et peut-être se passerait-on de musique. Ce serait la marque suprême de l’équilibre voilé, d’un son long sur la langue.
Luc se tait, et son doigt appuie sur le boîtier pour que la lentille saisisse la lumière de l’ampoule dans la tasse couleur poire.
(Lu Shan, janvier 2012).
Le thé a un son, qui frétille d’eau et d’air dans des feuilles dehors et dedans quand le cadre est choisi.