Archive pour 'Mots en thé'Catégorie

Son wulong

20 janvier 2012

Le thé semble être l’acupuncture de la bouche, qui couvre d’un souffle le corps dans son entier à la frontières des idées ; parfois, un voile se pose sur la langue plus longuement que n’importe quelle note. Seule l’oreille peut le comprendre puisqu’elle sait garder des années un timbre avec toutes ses résonances -du Concertgebouw ou de la Philharmonie, se dit-on-.

Ce thé wulong semble commencer en sourdine, avant que la seconde mesure se phrase avec la troisième, non en crescendo mais dans une ample liaison, la note s’intensifiant progressivement. Sur l’instant, la nourriture est inutile et peut-être se passerait-on de musique. Ce serait la marque suprême de l’équilibre voilé, d’un son long sur la langue.

Luc se tait, et son doigt appuie sur le boîtier pour que la lentille saisisse la lumière de l’ampoule dans la tasse couleur poire.

(Lu Shan, janvier 2012).

Le thé a un son, qui frétille d’eau et d’air dans des feuilles dehors et dedans quand le cadre est choisi.

Haie de thé

17 janvier 2012

La haie frémit, gonflant d’un souffle. Une fauvette crie, ou chante comme parlant de la respiration du lieu, dont la température s’élève progressivement. Le regard glisse sur cette feuillade, roulant sur le vert et le brun du branchage. Luc respire, adossé au Toy, laissant le temps infuser le silence vibrant de toute la vie des arbres.

Il ouvre la boite, en sort quelques feuilles. Il déplie la couverture, et y pose l’objectif. Le boîtier passe d’une main à l’autre. La bouilloire s’apprête ; Luc prend la théière à deux mains, encore fraîche. Des images surgissant face à la haie ondulante, il voudrait boire son jus vert d’ivoire.

Le thé frémit. Dans un souffle, le photographe appuie sur le boîtier. La tasse verte-brune est prête.

(Lu Shan, janvier 2012).

Le thé a un son, qui frétille d’eau et d’air dans des feuilles dehors et dedans quand le cadre est choisi.

Feuilles graciles d’une eau courante

20 avril 2011

Vient l’idée à la pointe des papilles d’avoir cela, cela que soit un cours de dégustation, une séance comparative pour le plaisir d’un moment et pourquoi pas comme un cadeau présenté à soi-même. Le thé a un son, qui frétille d’eau et d’air dans des feuilles dehors et dedans quand le cadre est choisi.

Ce départ de thé blanc n’a pas d’équivalent dans le souvenir, qui se prolonge d’herbe merveilleuse ; le temps se prépare pour les mots -le maître de céans parle d’haikus- qui irriguent la tête et la main droite alors que le liquide à température d’équilibre diffuse dans les jambes, dans le ventre au centre de la respiration. Et le thé se mange aussi, il glisse entre les dents sur la dent, oh juste un brin ou deux douveteux ces bourgeons seuls pour ce grand thé blanc.

Mots et flots sont des résonances du thé ; l’on serait aussi exigeant pour le son (il n’est pas mauvais ici, mais le choix de la musique même pourrait être à la hauteur du breuvage). Longtemps après la première gorgée d’autres saveurs se révèlent encore, des fruits mélangés aux fleurs avec cette pointe de bourgeon dont le goût demeure.

Qui boit du thé peut mâcher des mots et réduire ses maux.

(Décembre 2010 – Avril 2011).

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