Les notes et les images, les mots associés ou associant, respirent parfois dans l’ombre, parfois sur la place ouverte de l’attention active. Des pas qui s’enchaînent parfois suffisent ; quelquefois même le regard porté sur un jeu de toits sur le ciel de fin d’après-midi engendre une même séquence d’impression qui aide à retrouver le moment présent sans son enchaînement apaisant. Luc n’est pas moi-même, mais il en est l’une des modalités qui, par l’imagination qui mâture, n’est pas moins réel. Il est comme des vies parallèles, qui trouveront toujours le support pour aligner mots en phrases. L’écriture de tels mots, comme celle des notes de musique ou celle encore des photons -Luc !- a son propre temps, se déroulant de manière partiellement nécessaire, partiellement arbitrairement choisie. Luc n’est pas moi-même, il est pourtant un fil de la trame.
Il y a le rythme de la marche, du vélo sur le plat hollandais ou danois, de la conduite du Toy sur les routes sans fin, du thé qui se prépare en quiétude et se boit avec grâce, de la musique s’écoutant par le ventre et le souffle autant que par les oreilles, du jeu au sourire pétillant de Nils, de la glisse en neige bien sûr qui est jeux de lumière et de toucher, de la lecture page après page au fil des phrases si différentes d’un auteur à l’autre (le style que l’on aime lire et que l’on aime écrire n’est pas forcément le même). Au fil des clichés, Luc ne tirera probablement jamais de vues narratives ou platement autobiographiques -comme auto-narratives-.
Il n’empêche, Luc s’est rendu dans la Corne de l’Afrique, passe parfois le long du lac éclairé par dessous d’un courant de soleil. Il regarde les images à plat plus souvent que les autres ; quoique cela ne soit pas très juste considérant combien il aime aussi l’architecture tissant la matière, la lumière et le volume. Luc a un neveu, aussi, qu’il aime enrichir de son regard du monde, de ses silences parfois aussi car il n’est pas forcé de toujours causer avec un enfant. Mais rechercher le calme n’est pas forcément exiger le silence, mais pouvoir s’ouvrir à la polyphonie des oiseaux, le frémissement de l’eau et le passage de l’air. Est-ce Luc, est-il l’invention de la métaphore de l’écluse pour expliquer le passage de l’éveil au sommeil des songes ? C’est une affaire de conteur, pas de photographe qui ne peut avoir le même rythme ; c’est dire qu’il n’est pas mon double.
(Au salon, mi-avril 2011).