Archive pour 'Métacriture'Catégorie

Commentaires pluvieux

23 juin 2011

La terre sous la pluie ne se mouille pas aisément, dure qu’elle demeure après des sécheresses. Il pleut ce soir pour noyer les décibels des Hommes, l’on ne sait qui gagnera vraiment mais la terre se décante néanmoins lentement, rassurant les jardiniers. Ce jour de pluie offre l’autre musique qui nous manquait, comme un clavecin sur les tuiles que ponctue le carillon sur les tôles,là-bas ; des traits faussement réguliers sur les grandes feuilles des liquidambars. Au fil des nuages, la terre se décante et revit, exhalant ici de la poussière abreuvée. D’autres jardiniers reprennent leurs outils, crayons et claviers : lettres instantanément agencées en mots qui s’alignent lentement par phrases. Comme eut dit Hundertwasser, les jours de pluie sont beaux et invitent à l’écriture.

Regentag, statt Musiktag.

(Echanges vers le 21 juin 2011 : #air_write, chez Babelibellus).

& : Temps de l’eau, Les ciels pleuvent.

Hypermots

21 juin 2011

Quand la pénombre gagne le haut de la bibliothèque et le poids appuie sur les paupières, les mains ouvrent quelques codex pour une demi-heure de butinage intensivement textuel d’une page à l’autre. L’on lit et l’on recopie, l’on griffonne et l’on prévoit de futures guirlandes de mots. A gauche le carnet noir de papier blond et à droite le clavier-écran relié à la Toile, l’inverse peut-être ; la nuit est celle du travail littéraire. Plus tard que prévu la couette tombera mais le sommeil court sera plein de mots et réparateur.

Relire des lignes est une nouvelle interprétation, changeant non pas tant le sens que le rythme et la couleur des termes choisis, faisant découvrir d’autres échos au fil des paragraphes ; donnant aussi à entendre d’autres voix.

Tout n’est que vases communicants d’un texte à l’autre. Le mot de mode est l’hypertextualité, si vieille pourtant.

(Jours de juin 2011).

Un fil de la trame

28 avril 2011

Les notes et les images, les mots associés ou associant, respirent parfois dans l’ombre, parfois sur la place ouverte de l’attention active. Des pas qui s’enchaînent parfois suffisent ; quelquefois même le regard porté sur un jeu de toits sur le ciel de fin d’après-midi engendre une même séquence d’impression qui aide à retrouver le moment présent sans son enchaînement apaisant. Luc n’est pas moi-même, mais il en est l’une des modalités qui, par l’imagination qui mâture, n’est pas moins réel. Il est comme des vies parallèles, qui trouveront toujours le support pour aligner mots en phrases. L’écriture de tels mots, comme celle des notes de musique ou celle encore des photons -Luc !- a son propre temps, se déroulant de manière partiellement nécessaire, partiellement arbitrairement choisie. Luc n’est pas moi-même, il est pourtant un fil de la trame.

Il y a le rythme de la marche, du vélo sur le plat hollandais ou danois, de la conduite du Toy sur les routes sans fin, du thé qui se prépare en quiétude et se boit avec grâce, de la musique s’écoutant par le ventre et le souffle autant que par les oreilles, du jeu au sourire pétillant de Nils, de la glisse en neige bien sûr qui est jeux de lumière et de toucher, de la lecture page après page au fil des phrases si différentes d’un auteur à l’autre (le style que l’on aime lire et que l’on aime écrire n’est pas forcément le même). Au fil des clichés, Luc ne tirera probablement jamais de vues narratives ou platement autobiographiques -comme auto-narratives-.

Il n’empêche, Luc s’est rendu dans la Corne de l’Afrique, passe parfois le long du lac éclairé par dessous d’un courant de soleil. Il regarde les images à plat plus souvent que les autres ; quoique cela ne soit pas très juste considérant combien il aime aussi l’architecture tissant la matière, la lumière et le volume. Luc a un neveu, aussi, qu’il aime enrichir de son regard du monde, de ses silences parfois aussi car il n’est pas forcé de toujours causer avec un enfant. Mais rechercher le calme n’est pas forcément exiger le silence, mais pouvoir s’ouvrir à la polyphonie des oiseaux, le frémissement de l’eau et le passage de l’air. Est-ce Luc, est-il l’invention de la métaphore de l’écluse pour expliquer le passage de l’éveil au sommeil des songes ? C’est une affaire de conteur, pas de photographe qui ne peut avoir le même rythme ; c’est dire qu’il n’est pas mon double.

(Au salon, mi-avril 2011).

Luc

29 janvier 2010

L’imagination est une vie augmentée et multiple. Luc n’est pas plus moi-même qu’un rêve peut dire la réalité ; et l’on aurait tôt fait une psychanalyse superficielle de ce qui est une propension à l’écriture et à la création de situations avec de seuls mots.

  • Luc se trouve dans sa grande pièce tournée vers la lumière, en un pays de montagne peut-être à Innsbruck, peut-être non loin d’un lac. Il ne traîne que des papiers, des carnets ; seuls deux fauteuils accueillent les corps et projettent les sens : le Coconut Chair de Nelson et le cube de cuir du Corbusier. Y a-t-il de la musique dans cet atelier du regard ?
  • Le sourire de Luc s’appelle Alice, si tel est son nom, qui est une accroche au sud de la boussole. Jamais encore le stylo, ou le clavier, n’a fait part de la rencontre des corps, seulement de la voix à distance.
  • Luc se déplace et photographie ; il cherche des reportages pour faire récit. L’on ne voit pas bien s’il fut ou demeure encore un grand reporter sur les fronts bouillants de la Folie des Hommes. Il est pourtant avéré que la pointe Nord de la boussole l’attire, le fait sortir le célèbre Toy dont l’identité du modèle reste incertaine. Il est même venu en image un Regenwagen à proprement parler, en hommage au bateau Regentag de l’architecte Hundertwasser ; un véhicule d’expédition pour longue autonomie à la jolie dénomination de marque Unicat. Rien n’est figé puisqu’une nouvelle page suit toujours la précédente.
  • Luc semble aimer photographier les sons, les visages (trop pudique pour de trop amples dévoilements du corps), l’architecture et la ville, le tableau qui lui inspire une vue de photons sans pourtant la dicter (Bruegel, Vermeer par exemple), le vent qui est mouvement offrant un autre défi à la chambre noire.
  • Luc n’est pas bavard tout en raffolant des langues diverses -l’on aura relevé la germanophilie non exclusive-. Le son le passionne, en photographe travaillant à de nombreuses expériences.
  • Luc suit parfois la lumière, tout comme Nicolas Bouvier voyageait à l’oreille qui lui apprenait petit à petit des usages divers et marquants du monde.
  • Luc range toujours dans le Toy le vélo pliant prêt à dérouler le pédalier, notamment en ville lorsqu’elle l’y autorise et sur bord de rivage.
  • Luc pourrait être l’ami de qui aime lire, regarder parce que voyager (ou voyager parce que regarder) et qui se demande comment écrire sur le voir.

(Voiron, septembre 2009-février 2010).

Epigraphes

26 avril 2009

En incipit des carnets souvent à couverture rigide et au bon papier, le stylo se chauffe l’encre :

- En quête de papier pour boire les mots.
- Histoire de mots ? Gamme ? Palette ?
- Pages dont la petitesse du format les rend plus nomades encore.
- Avec cette envie de mots, mais aussi de papier, qui n’est pas complètement lié aux mois ensoleillés et à la perspective des prochaines vacances nomades.
- “In case of loss, please return to:” where it comes from : plus encore que le besoin de mots, la tranquille certitude que le chant de ma libertés se trouve dans l’écrit.
- Ce n’est point un récit mais des perles plus ou moins brutes pour de futurs colliers des plus variés.
- Quelque chose comme Klangstücke & Lichtstücke, signés par Luc à la recherche de l’image du son. Comment écrire la quête visuelle du timbre d’un instrument, ,d’une source ou d’un oiseau ?
- Mots de vents, plutôt nordiques. Et, par traits, le journal-fiction donnant naissance à Luc, photographe.
- Fait pour les dessins, ce papier peut recevoir des mots accueillant des images sans frontière si ce n’est celle de la curiosité avec un rythme.
- Papier épais ou non, qu’il soit toujours accueillant pour l’encre et le bord de la main qui se referme voluptueusement sur le stylo.
- Pas un carnet n’est identique à son voisin de tiroir, parce que les mots doivent suivre les nuages, toujours différents.

(Moment danubien, sur les rives de la Sava, comme un hommage à Doris Lessing et son kaléidoscopique Golden Notebook où ils sont aussi noir, bleu, jaune et rouge).

Yeux et mains

2 juillet 2008

Yeux et mains sont passés tout à l’heure dans l’antre des livres, la Librairie Nouvelle, où je m’y sens tout simplement bien à m’y perdre d’un recueil de poésie à un ouvrage illustré de Nicolas Bouvier, avec une halte au dessus du Livre d’un homme seul de Gao Xingjian.

Cinquante pages ont déjà été lues ; la nuit tombe sur la couette sous laquelle C. s’étend de sa respiration calme.

Yeux et voix intérieure passèrent tout à l’heure sur des pages fort différentes. Je pris quelques moments, une demi-heure peut-être (en fait, moins que cela) pour lire des poèmes de Philippe Jaccottet et de François Cheng ; une incursion debout au pied du mur-bibliothèque m’ouvrit quelques lignes de Paul Celan en version bilingue.

Les deux écrivains francophones ont un rythme très différent, il m’arrive presque de penser que j’aime moins qu’avant les vers trop réduits à l’ossature des mots sans le liant de ce qui m’apparait comme le génie du français. Pourtant la phrase simplifiée peut être entrainante, enivrante lorsque son auteur ne se complait pas dans la facilité d’un minimalisme surfait et pour tout dire académique.

Pour lire, seul le silence suffit qui baigne la page ; encore que cela ne soit pas vrai. Pour lire, seule la lumière suffit à la voix intérieure ; encore que le noir peut-être. Un texte peut être écouté, ou retrouvé le regard fermé. Pour lire, écrire n’est pas une autre option mais parfois la voie.

(Mai 2008)

Ecrire est chanter

23 juin 2008

Ecrire est raconter, disait récemment EcritOL. C’est choisir la musique d’un mot qui devient phrase, puis s’enfile le long de paragraphe en captant l’attention pour ne plus la lâcher. Parfois bien au-delà du point final, l’écho des mots peut se répercuter, façonnant la mémoire si la voix est forte.

Écrire est créer une image sonorisée, que la succession de voyelles et de consonnes animent : lire ! Lire dans des langues de clartés où se bousculent les voyelles, dans des langues qui rythment la parole, dans des langues qui aiment les consonnes ; dans la mienne et celles que j’aime.

L’IHT a récemment publié un papier concernant le développement des graphic novels, ces bandes dessinées à l’histoire riche. Il n’est malheureusement pas question de sons sous la voûte du crâne du lecteur. Or, dessiner est écrire est chanter : BlogOL trinque ici à la santé de Corto Maltese, avec le respect dû à son père Hugo Pratt.

Ecrire est raconter

22 juin 2008

Ecrire est raconter, pas pérorer face à son miroir. C’est choisir la musique d’un mot qui devient phrase, puis s’enfile sur le fil des paragraphes en captant l’attention pour ne plus la lâcher. Parfois bien au-delà du point final, l’écho des mots peut se répercuter, façonnant la mémoire si la voix est forte.

Par exemple, il y a les aventures de Luc le photographe dont OL l’écrivain cherche depuis quelques années à raconter le regard sur le monde. Plutôt que d’étaler son je, il s’agit dans ses carnets de voyage de jouer à suivre un il qui vit la même chose avec une autre histoire. La page de garde d’un certain carnet bleu est ainsi écrite: Mots des vents, plutôt nordiques. Et, par traits, le journal-fiction donnant naissance à Luc, photographe (Aéroport d’Amsterdam, 3 août 2004)

Encore faut-il trouver une forme pour la lecture et une cohérence d’ensemble entre tous les textes. En ce jour de juillet, il est trois familles accueillies chez EcritOL : la nouvelle (Ecritoblog) regroupe des créations, l’ancienne (Mémocritoire) forme l’écho d’écrits parfois anciens et ce journal-fiction (LucOL) est un recueil de notes non retravaillées. Métacriture propose, elle, quelques billets d’invitations chez BlogOL ou de commentaires sur son contenu.

Quelle forme ?

(Juillet 2007)

Reisestücke, bouts de voyage

21 juin 2008

En voyage, je visite tous les âges et me promène sur les visages. Je n’en reviens jamais complètement. Un beau périple déplace d’autant le foyer, durablement: Voiron est à 6200 kilomètres de Voiron.

C’est qu’il faut revenir, pour savoir partir et y renouveler le regard ; il faut partir pour savoir rester. La rentrée n’est jamais un drame, qui s’enrichit d’un programme d’écriture toujours plus étendu. A la suite de l’exposition marine “Seestücke” présentée à la Kunsthalle d’Hamburg, il me vient au carnet les pistes suivantes : Bergstücke, Lichtstücke, Nordstücke, Klangstücke, Augenstücke comme autant de mots-clés des pérégrinations septentrionales (Montagne, Lumière, Nord, Son, Yeux).

Voyager est une course de lumière, et la lumière n’est pas uniquement chose de soleil. Elle est également sur les toiles et dans les chambres photographiques. Elle peut être belle lorsque la météo est reconnue comme ne l’étant pas.

Mais il me frappe, en non photographe mais avec les yeux de mon pygmalion Luc, que les crépuscules de France s’effacent vraiment rapidement.

(Début août 2007, Seestücke @ Hamburger Kunsthalle)

Azerty

30 avril 2008

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(…)

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