Archive pour 'Memocritoire'Catégorie

Humlebæk, Danemark

10 juin 2008

Le Louisiana, musée d’envergure, est horizontal, par plans successifs dominant la mer (l’Oresund) sur ou sous la terre. De terrasses en sentiers cachés, les sculptures poussent entre les arbres au recoin d’un buisson. Je fus frappé dans l’objectif imaginaire de l’appareil laissé à la consigne que les humains ne me gênaient pas, leur verticalité unique renforçait même les lignes aplatis ; c’était des notes sur des longues pousses apaisantes.

Des graines de bateaux sur un plan d’eau. En se rapprochant du rivage, l’on s’y tremperait les yeux dans la limpidité. Le Louisiana est une galaxie de plans courts ou longs mais plats. Ces plans recèlent des trésors, tant permanents que temporaires.

Notre nomadisme nous y a ramenés le soir même, avec un pot de yaourt, deux fruits et quelques petits pains. Le rivage est ouvert au public, à ceux qui viennent étaler quelques mouvements de brasse pour se fouetter le sang en fin de journée. Nous y avons soupé amis dans les goulets à écarter le soleil baisser (en regardant l’Est) sur une houle à peine prononcée, clapotis apaisant sur le miroir de rose après l’orange.

Si l’horizontalité nous rendait droitement calmes, à peine mais doucement penchés l’un vers l’autre se répétant à voix chuchotée “Bon anniversaire” et 67 prochaines années, donc ?

(2006, louisiana.dk).

Lübeck, Allemagne

9 juin 2008

C’est exactement ce que l’on est venu chercher, à l’arrivée à Lübeck en venant par l’autoroute de Hamburg.

La brique s’allumant au soleil allongé et l’eau rendant l’air ici respirable. Le rouge atténué est environné de vert, des arbres pleins de vent sur des pelouses au pied de l’eau ; le tout surmonté par les clochers en cuivre.

(2006, luebeck.de).

Mallarmé se trompe

4 juin 2008

La chair n’est pas triste, non ! et
Je n’aurai jamais lu tous les livres
Je ne voudrais même pas faire comme si
Je pouvais fuir ces mémoires
D’encre, de virgules et de caractères
Gras, italiques et romains
Qui filent de gauche à droite
Si vite que les mots naissent
Sans effort, sans ennui et sans peur
Oui ! Le verbe et la chair cheminent ensemble
Noués dans le beau calme de l’écrit

(Pâques 2001)

Lillehammer

3 juin 2008

Il était une fois un Wettel seul au milieu de la vallée. Il faisait très froid à ce moment là, nous étions au plus fort de l’hiver. La nuit avait déjà tombé, mais il restait ce petit Wettel le nez pointé vers un point d’interrogation dans le ciel. Quelques étoiles le regardaient, amusées tout autant qu’intriguées… Il vous faut savoir que les Wettels que j’ai appris à connaître, ou plutôt le Wettel esseulé dont nous découvrons l’histoire, ne ressemblent pas exactement aux vrais Wettels norvégiens. Pour nous, enfants du Sud, imaginons un Petit Prince pour supporter notre regard. Mon petit Wettel était un collectionneur au goût prononcé. A la différence des autres membres de sa famille plus terre à terre, il préférait les étoiles et les aurores boréales, lui un tantinet moins musicien. Mais à bien regarder, il n’était pas seul, accompagné de son violon sculpté dans de la glace très rare, dont seul son grand-père connaissait la source. Il dialoguait avec le point d’interrogation dans son langage à lui, la musique, par l’intercession somptueuse et revigorante de son violon. Il avait auparavant changé d’archet, son grand-père ayant trouvé un sérac encore plus musical que d’habitude. C’était la plus belle nuit de sa vie.

Depuis qu’il était tout jeune, il aurait bien voulu savoir jongler avec les notes comme son frère et les assembler en forme de cristal au son d’orgue. Il aimait particulièrement la musique, un amour qui lui venait de son grand-père probablement, sage grand-père qui était sculpteur de glace et musicien, bien à la mode des Wettels pour qui ces deux termes étaient parfaitement synonymes : la musique sacrée était toujours jouée sur des stalactites qu’un savoir et un génie millénaires réussissaient à tailler, à en modifier la forme pour en tirer des sons. En outre, dans ce pays glacé et inhospitalier pour nous gens du Sud, même pour moi, les sons étaient visibles tant l’air à cette température vibre différemment. Un beau morceau était d’abord un air joli à regarder, et vous comprenez alors pourquoi le rêve le plus profond d’un petit Wettel était de jouer une fois dans sa vie une pièce en forme d’aurore boréale. Mais je m’égare… Mon, ou notre si vous voulez partager ma tendresse indéfectible à son encontre, mon petit Wettel aurait donc bien aimé collectionner les sons comme son frère et tous les autres membres de sa famille, et savoir leur parler. Jusqu’au soir où je le rencontrai dans une situation qui aurait pu tourner au drame comme vous allez bientôt l’apprendre, il n’avait guère jusqu’à hier réussi à s’entendre avec les sons qu’il produisait sur les glaces de son grand-père le sage, il ne savait pas les appeler par leur nom et leur donner forme grâce au Logos que l’on sait créateur depuis les Grecs anciens et un certain Evangile. Pour la première fois de sa courte existence sur cette terre (un Wettel n’est que de passage dans ce pays aux confins du cercle polaire), en agitant doucement son nouvel archet, il se mis à créer une sculpture de glace, à jouer un point d’interrogation et à y apporter une réponse, à moi qui…

…moi, le marcheur de l’espace, vagabond dans l’imaginaire, j’étais parti quelques heures, comme çà, tout seul dans les cieux intersidéraux comme l’on dit dans la littérature èsséfe, mais n’étant pas une oie sauvage, j’éprouvai soudainement un besoin d’orientation que les étoiles étaient impuissantes à satisfaire. Un tant soit peu musicien à mes heures perdues, perdues vraiment ? cela allait peut-être me sauver de l’errance, nous allons le voir, je guettais alors fiévreusement le moindre atome de musique, dans ce grand vide et en dépit de mes pleurs étouffés, seul le silence me répondait. C’est alors que je perçus un air qui flottait entre deux vides, en train d’ondes, un immense point d’interrogation, une lumière diffuse, un grand voile de toile si fine, si douce que pour un peu elle m’aurait endormi comme les veilleuses de notre jeune âge. Moi aussi, j’essayais depuis des années de parler avec mon violon, de connaître le nom des notes, comme mon propre petit frère. Et à cet instant, l’énigme se résolue et j’entendis mon petit Wettel me guider vers ma planète, je n’étais plus perdu, et je rentrais transformé par le point d’interrogation.

Mon conte ressemble à un long fil. Je l’ai tissé pour des seigneurs, et des enfants. Peut-être cela ne vous a pas plu, alors réveillez-vous et passez une bonne journée. Pour les autres qui voulez connaître, ouvrez vos yeux d’adultes myopes, les Wettels sont sous la neige. Si vous voulez d’autres histoires, écrivez ou dessinez, voire les deux, si vous êtes Apollinaire. Si vous tenez à décortiquer cette fable qui germa le jour de l’ouverture des Jeux de Lillehammer pour enfin fleurir hier en fin d’après-midi, peut-être vous découvrirez que ce conte est plus réel que vous auriez pu imaginer, car hier, oui, hier vendredi onze, ma petite chambre fut le théâtre de bien plus qu’une aurore boréale, le violon se mit à me parler, je me mis à comprendre ses notes. Jamais je n’avais pu approcher ce avec quoi mon petit frère jongle depuis toujours, j’entendais alors le nom des notes, et de ce fait, c’est inévitable, je garde l’impression très forte de n’avoir quasiment jamais joué aussi voluptueusement bien. A ce bonheur s’ajoutait le petit mois de vie commune avec mon nouvel archet grâce à qui mon violon est en train de naître, pour la première fois il vibre de son bois. J’avais beau souffrir de ma première sinusite depuis cinq mois, ce fut l’un des plus beaux jours de ma vie.

C’était une histoire de Wettels, ceux qui sortent des neiges dans la nuit de Lillehammer. Il neigeait, dans la nuit de Lillehammer, et des flocons tombaient tout blancs et tout légers. Des enfants –et pourtant, ils n’avaient pas ce quelque chose d’enfantin qui leur aurait donné l’allure téméraire et spontanée, leur lenteur frappait– des enfants en costume peut-être de Noël, en fait des petits lutins, avec des pyjamas colorés, des chapeaux de nuit à trois pointes tombantes, des patchworks bariolés avec sobriété, des couleurs sombres ou vives sur fond blanc.

(1994, Cérémonie d’ouverture des JO d’hiver de Lillehammer)

Tandem pédestre

2 juin 2008

Je ne veux pas me cacher dans l’ombre de tes semelles
Mais, porté par la poussière des rêves
Marcher dans le rythme de tes enjambées
Aimer grandement quelqu’un, c’est le rendre inépuisable
- a dit le poète
A moi de t’enrichir toujours plus
Pour que nous nous précédions réciproquement
D’un pas qui nous soit propre.

(août 1999)

Au bord du large

1 juin 2008

La lumière s’agence en glissant sur le bois, le bois s’empile pour accueillir tissus et papiers. Notre appartement repose sur trois piliers, en haut du second étage piétonnier : calme, espace & lumière.

Le bureau (le meuble) est arrimé à mes outils d’écriture : Voiron est au bord du large.

(2003)

Oiseaux de rivage

31 mai 2008

Les tourterelles sont à mon Nord ce que les goélands et les mouettes sont à la Bretagne de beaucoup d’amoureux de l’Atlantique.

Le temps est prodigieusement magnifique depuis notre arrivée, samedi : le soleil n’est jamais loin des prochains crachins, et la palette explose de gris et de bleu gris et de vert gris. La mer bat son écume vert-grise, sa marée bouillonnante vient nous lécher les lunettes, comme hier dimanche.

Tout comme des Alpes, je me sens de la Mer du Nord et de l’Atlantique : d’un cri de mouette, mes pas me mènent sur les grèves que j’arpente les mains dans les poches et la casquette irlandaise sur le crâne.

Le lien entre nos deux bouts de vacances ? La lumière, et les chansons de J. Brel en ce moment. L’envie de ces vacances? Apprendre le néerlandais et lire mes deux ouvrages de poche : “La plus belle histoire de Dieu” par Bottéro, Ouaknin et Mongt, et ce chef-d’oeuvre des “Derniers Rois de Thulé” de J. Malaurie.

Ce sont des vacances de lumière et de rire, celui de ma C* qui apprécie nos petits bouts de découverte : Amsterdam avec mes parents chez S* et T*; le Nord puis les alentours de Saint-Malo avec L*.

Ce sont des vacances de lumière: imaginer (se souvenir) du Mont Saint-Michel par une journée d’hiver, alors que le soleil fait son saut au-dessus du rocher, du matin au soir et attend la montée de la mer (17h) pour disparaitre. Les goélands dansent en l’air, dans le double cercle de mes jumelles, ces Swarovski de lumière et de couleur. Les nuages, non pas dansent mais filent, apparaissent dans un battement de cil qui avait l’instant d’avant illuminé la rétine. En somme, les nuages impressionnent autant la rétine que le soleil, et réciproquement.

Ici, la lumière, le vent et les oiseaux volent ensemble, dansent de concert. Ici comme ailleurs, des mots et des livres m’attirent. Ici et là-bas, les plus beaux termes sont ceux de J. Brel, chantre de notre Plat Pays. Là-bas et ici, le ciel est grand, l’eau entre ciel et terre, la terre toujours verte.

(30 décembre 2002)

Jersey

30 mai 2008

Jersey est lumineuse, balayée par le soleil, puis le vent, puis la grêle, puis la pluie, puis le soleil, puis une fine bruine, et tout à la fois. Nous y parlons anglais avec vif plaisir ; et les rues, les routes et nombre de villas ont un nom français. Jersey a l’accent un peu plus lent que l’Angleterre, peut-être un peu plus accentué mais elle est beaucoup plus francophone.

Chaque nouveau retard nous permet de profiter un peu plus longuement de cette terre entre ciel et eau bouillante. En attendant le bus bleu, les jambes sèches nous ont portés dans le froid, à marcher une bonne heure le long de la plage découvrant ses sentinelles de pierre. Quelle lumière, une fois encore, quelle volée de grêles en même temps !

(2003)

Mémoire (1er juillet 2002)

28 mai 2008

Eclipse

Sous le ciel de notre Plat Pays pour énorme horizon, la Maman de C. vient de passer de l’autre côté de la terre : elle s’est éteinte à l’heure la plus douce de la nuit.

Mémoire (27 février 2001)

27 mai 2008

De ci, de là

D’inquiétude et d’un présent en éclipse
Du vingt-sept février nouveau matin
Où les coqs n’appelèrent pas le jour
De ces semaines-là dans le Nord
Où le soleil fait carême si humide
Les soucis vibrent des feuilles lointaines
Qu’aucun sourire n’oublie si facilement
En ces Pâques-là, en ces mois-ci
La chanson de Gainsbourg et le violon de Perlman
N’en finissent pas de tenir le coeur et de
N’oser autrement qu’en silence parler de
Quiétude que quelques mots et virgules
Pourraient non dire mais suggérer de ci, de là
–A ma Princesse pour laquelle j’écris hic et nunc.

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