« Tiers Livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. » | Cf. webOL sur ces #vasescommunicants.
Par _Jeanne faisant la surprise de répondre à EcritOL, vendredi 1er juillet 2011.
Alice
ce 30 juin, hôtel de l’Univers.
mon cher, très cher Luc.. d’où je suis, oui, je te lis. non. je ne t’écris pas. du moins pas jusqu’à ce jour. mais, à dire vrai, je ne t’écris pas plus aujourd’hui. je crois qu’il s’agit plutôt ici de pouvoir te dire ce que je n’avouerai jamais. ce que je ne peux te faire lire. nous sommes si éloignés maintenant.
non. pas un regret. nous avons fait des choix. en toute connaissance de cause, et des conséquences que cela impliquait. pour nous.
me rappelle encore notre rencontre.
toi.. déjà ton univers. tes photographies qui exprimaient tout haut ce que les gens ne voyaient plus ou ne voulaient plus voir en eux. tes rêves de drakkar comme dirait Nils (tu disais : “ce sera le Toy”). tu voyais loin. tu vois toujours si loin.
moi.. à me chercher encore. à n’aimer que fouler le sable, pieds nus, à marcher dans tes pas, l’écume nous frôlant les chevilles..
quelles traces avons-nous laisser là-bas, sur cette plage où nous aimions ?
un soir, au printemps, il nous fallu parler des lendemains.
tu le savais bien. il me fallait partir. c’était là où je devais être.
ton regard ce soir-là, sur l’horizon. deux jours auparavant tu avais vu ce bateau.
ton regard alors..
ça ne faisait aucun doute. tu avais réalisé ce que tu devais à terre. il me fallait te laisser prendre la mer. Le Toy..
non mon cher Luc. non. Le Toy n’est pour rien dans mon départ. tu le sais bien.
mais moi, Luc, la terre. la terre et ses contrées. la route. plutôt celle de la soie, de Samarkand que les marées hautes, les jours sans ciel.. c’était toi ça. c’est toi que cet espace appelle.
oui. nous avons grandi ensemble. nous nous sommes éveillés, ensemble, à des désirs insoupçonnés.
je n’avais jamais laissé de traces sur le sable avant toi. jamais osé être et réalisé ce que j’aimais. nous riions comme des enfants. nous avions trouvé notre place, nos désirs de vie.
notre goût du voyage mâtiné d’ermitage et de belles rencontres.
pas sous les mêmes cieux.
“je t’écris toujours” mon cher Luc. un lien jamais rompu. tu restes en moi. trace indélébile. l’écriture. c’est toi. quand j’écris. même éloigné des sujets qui nous préoccupaient alors, quand j’écris, c’est toujours un peu de toi que je couche sur le papier. tu m’as appris cela mon cher Luc. tu m’as laissée trouver ma voix. ma plume.
et ce soir, comme tant d’autres, il me faut t’écrire un peu. ne pas oublier. me rappeler. c’est un peu comme si je me retrouvais près de toi, là, sur cette plage, un soir après nos traces. un peu comme si je tenais, depuis tout ce temps, ce fil qui tient nos pas sous l’écume. ce fil. notre mémoire. notre phare.
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