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Son wulong

20 janvier 2012

Le thé semble être l’acupuncture de la bouche, qui couvre d’un souffle le corps dans son entier à la frontières des idées ; parfois, un voile se pose sur la langue plus longuement que n’importe quelle note. Seule l’oreille peut le comprendre puisqu’elle sait garder des années un timbre avec toutes ses résonances -du Concertgebouw ou de la Philharmonie, se dit-on-.

Ce thé wulong semble commencer en sourdine, avant que la seconde mesure se phrase avec la troisième, non en crescendo mais dans une ample liaison, la note s’intensifiant progressivement. Sur l’instant, la nourriture est inutile et peut-être se passerait-on de musique. Ce serait la marque suprême de l’équilibre voilé, d’un son long sur la langue.

Luc se tait, et son doigt appuie sur le boîtier pour que la lentille saisisse la lumière de l’ampoule dans la tasse couleur poire.

(Lu Shan, janvier 2012).

Le thé a un son, qui frétille d’eau et d’air dans des feuilles dehors et dedans quand le cadre est choisi.

Des ciels respirent

4 janvier 2012

La lumière, bien sûr, qui se faufile entre les coups de vent nous parle d’immensité dans des ciels qui respirent ; un air qui circule nous invite pour notre plaisir toujours renouvelé.

(Stella, août 2011).

Ambre musical

5 août 2011

Les moments s’enchaînent sans trop de bruit, d’une forêt à l’autre par touches douces vertes et jaunes, lorsque Nils entr’ouve l’une des boites à secrets foisonnantes de vieilleries sans âge. La boussole et le briquet, le carnet et l’appareil de poche sont ces couples attendus dans les tréfonds du Toy. Luc, soliloquant au volant pour nourrir les kilomètres d’éclats de souvenir, évoque les rives plates de la Baltique, de celles qui renferment des trésors, comme des gouttes de vie emprisonnant parfois un corps d’insecte.

Un petit bout de résine, saupoudré d’une couche blanche que creuse un sillon se retrouve dans la main du garçonnet. La route en forêt a ce rythme boisé de timbres variés, suivant les essences. Le bouleau éclate de son écorce à la moindre lumière. Les conifères sont plus raides et plus sombres. Tous peuvent pousser sur la pierre, sur cette rondeur post-glaciaire. Dans la paume, ce petit bout de résine enrubanné de rouge l’intrigue. La forêt signifie lumière pour l’oncle, et variété de couleurs et de sons. Au travers des vitres du Toyota, la forêt même non loin de la route est un monde de surprises. Ce petit cylindre translucide un peu ébréché doit être de l’ambre.

« Des rochers de couleurs sable s’avancent dans la Baltique d’huile que rident des vaguelettes de vent. Le soleil d’août chauffe, imagine Nils, en laissant respirer, en laissant souffler une caresse. La lumière se faufile dans le sous-bois, caresse ce sous-bois moussu et vert, un sous-bois surprenant pour une pinède qu’ici habite de la vie. Le soleil d’été est à la hauteur de l’automne, il en a le goût et la beauté… »

Nils n’entend plus qu’à peine la mélopée du moteur sur laquelle roulent les récits nordiques de son conducteur. Cette résine est de l’ambre collante se jouant des doigts. De bosquets en trouées, c’est maintenant une fugue, la quintessence du langage, menée en mode mineur le plus harmoniquement renversant qui crée des tensions sensibles. Des pizzicati pourraient bien parler avec la flûte et le basson, alors que la clarinette et le cor se noueraient entre eux. Le cor soulignerait alors l’ensemble des voix, de concert avec le marumba, en un contrepoint préparant le glissement progressif vers ce grand méconnu qu’est l’alto, recombinant en chemin tous les timbres. Un hautbois, tapi, prendrait enfin les violons par l’archet pour chanter en roseau et en colophane.

Au travers du petit bout de résine glissent les vagues de lumière horizontale, éclatant des poussières de sons semble découvrir le neveu enturbanné de timbres, lequel se remémore l’un des albums de son oncle intitulé Klangstücke & Lichtstücke, ces bouts de sons et de lumières. Luc, lui, maintient son regard sur la route louvoyant à large cercle au sein du relief septentrional.

« Tu vois, mon grand, l’ambre de la Baltique peut conserver une vie qu’il serait si aisé de ressusciter d’un peu d’imagination, comme d’un regard pour la lumière jaune… » « Dis, Luc, est-ce que la colophane conserve elle aussi des notes ? »

« Tiers Livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants :  le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

Colophane | #vasescommunicants AEdificavit

5 août 2011

« Tiers Livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants :  le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. »

Par AEdificavit (Isabelle Pariente-Butterlin), le vendredi 5 août 2011.

Colophane.

Explosion de la … explosion en vol … non au sol … de la … explosion … qui … elle s’est envolée … je ne sais pas comment ça s’est passé, pourtant je faisais attention, on fait toujours attention, on mesure tous ses gestes, on ne fait que cela, attention, on passe sa vie à faire attention, on a une attention constante, désolée, affermie, affirmée, attention !, on tient tout entre ses mains, c’est fragile délicat précieux et on le sait que

si on ne fait pas

attention comme je viens de le faire, ou de ne pas réussir à le faire, alors l’explosion qui suit la chute qui suit l’envol qui suit l’inattention se terminera, on le sait, à cause d’un tremblement d’une inexactitude des doigts, de la main, ou peut-être un ajustement imprécis du regard, oui, ça doit être cela, j’ai mal calculé la distance, et on le sait comment ça va finir, comment ça se terminera, on n’a plus aucune illusion depuis le temps, on est prévenu, on nous l’a dit, autrefois, et nous-même encore, avant hier, on s’est entendu le répéter, ça a toutes les chances, toutes les malchances (pourquoi dit-on chance dans les cas où se produit comme il ne manque jamais de s’en produire, de ces minuscules catastrophes cataclysmes minuscules mais tout de même … contrariants), ça finira mal cette histoire,

explosion au sol, myriades éclatées, transparentes, éparpillées, glissantes, collantes, poisseuses, myriades d’éclats éclatés éclatements éclaboussures, éclaboussures sèches et dorées, mais poisseuses, morcèlement … de ce qui

un instant auparavant

encore

enroulait dans un petit carré de tissu sa forme ronde, sa matière un peu poisseuse, transparente, mêlant secrètement, jalousement, des essences de pin et autre chose qu’on ne dira pas, qu’on ne saura pas, on a demandé mais pour une fois dans ce monde étal et offert presque pornographiquement, pour une fois, on s’est heurté à un secret, et ne pas le connaître laisse plus heureux encore que de le connaître, pour une fois dans ce monde il y a un secret, il en reste, comme dans les temps très anciens.

On s’était juste entendu dire que c’était fragile et qu’il ne fallait pas le faire tomber. Et maintenant c’est trop tard, la colophane est par terre, sur le parquet blond, en morceaux translucides.

Alors on en ramasse un, peut-être pas le plus gros, mais un suffisamment gros pour pouvoir le frotter contre l’archet et le transformer, là, au contact de l’archet, en poudre blanche qui elle-même rendra possible, en cascades, tous les miracles qui s’en suivront.

On passera l’aspirateur plus tard.

Pluie-Plaine

25 juillet 2011

Pluie, tu évoques des plaines
Aussi profondes qu’un ciel
Habité de tous les gris
Gorgés de lumière et de bon
Air qui dévoilent la route
Goutte après vent.

(mai 2001).

Palimpseste

1 juillet 2011

La fragrance n’est même pas salée, comme un goût de whisky éventé, sous le son du vent pour seul rythme du temps. La grève bouillonne qui, vue au-travers du pare-brise du Toy, s’étire en de grandes lamèches d’embruns quasi-fixes. Luc plonge le nez à la portière, la main cherchant l’appareil après avoir aperçu un enfant, un homme peut-être selon l’échelle, qui se penche vers le sable, ou l’eau allant et venant de la limite sèche à la bordure humide. La plaine marine respire d’écume ce matin, comme alors.

Un jour au point zénithal, le petit Nils la découvrit. Il monta, les yeux toujours plus barbouillés de photons, la rue droite flanquée de boutiques. Il imitait pas après pas le bruit de l’océan que sa mère et son oncle lui avaient longuement décrit comme un amas sans limite d’eau vivante, comme une baignoire qui n’aurait qu’un rebord. La digue ouvrit d’un coup le ciel, plongeant leur regard sur la plage. Nils écarta les lèvres pour se taire cette fois, puis ferma la main dont l’index pointait dans le vague. Il ne savait choisir sur quoi appuyer les yeux, ne trouvant pour mots qu’une grande respiration.

Comme un ressac, la lame d’eau glissait puis remontait, s’arrêtait pour redescendre la pente de sable lissée à chaque passage. Le bernard-l’hermite à peine émergé accrochait un tourbillon de sable à son échelle, celle de l’orteil du petit garçon. Luc l’aurait enjambé mais Nils s’arrêta. « Regarde, Luc : un caillou » « Un coquillage, mon grand… Un mollusque plutôt. » D’aller et venue de la lame d’eau au bord de plage sèche, l’oncle et le neveu amenaient des seaux d’eau qu’ils versaient dans un trou noyant le sable. La pelle en prélevait ce qu’il fallait de sec et d’humide pour remplir de nouveau le seau, tassant le contenu avant que le contenant soit renversé d’un coup de bras : le château de sable ne durait guère, car Nils prenait ce plaisir rieur de le détruire. Il fonçait alors vers la mer, suspendant le pas le temps de se retourner héler la main de sa mère ou de son oncle. Le trio avait en début d’après-midi l’alternance du flux et reflux. Petit à petit le sable gagnait les cheveux et les lèvres avec une pointe de sel, se logeaient entre les orteils.

Les massages de pied ensuite, que le mouvement réchauffait du froid, gauche et droite au rythme du déplacement de la lame d’eau, reposaient l’orteil fatigué de Luc. A regarder entre les orteils l’équilibre pouvait chanceler, et Nils explosait de rire, à sa manière de gorge montant jusqu’au palais. La joie mouillait ses yeux, peut-être d’iode embruné aussi. Sa mère semblait respirer plus calmement, surtout aux côtés de son frère qui les avaient invités à cette virée. Alice elle manquait à tous, demeurant au bord de sa mer du sud.

Dans le gros Toyota, Luc s’est réveillé étiré d’une nuit où les directions du rêve furent incertaines dans la rosace des vents. Il avait revu Alice dans le soleil droit là-bas et respiré les rayons aplatis de la Baltique là-haut pour revenir balancé vers la grève bouillonne. Ce triolet onirique obsédant « Sable-Mémoire-Écriture» fait ce matin de la plage en contrebas, lavée de grand temps, son palimpseste, avec l’horizontalité liquide pour cadre à la recherche des enfants de plages à la quête du temps ; musique et mer, avec cette granularité phonique et cette fausse régularité métronomique de la marée.

Il ouvre la portière et s’extirpe dans le vent, l’appareil-photo en bandoulière. Se calant derrière le 4×4, après une rasade de thé pour mouiller sa soif : « Allô, Nils ? Entends-tu où je suis ?»

« Tiers Livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants :  le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. » | Cf. webOL sur ces #vasescommunicants.

Alice | #vasescommunicants _Jeanne

1 juillet 2011

« Tiers Livre et Scriptopolis sont à l’initiative d’un projet de vases communicants :  le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. » | Cf. webOL sur ces #vasescommunicants.

Par _Jeanne faisant la surprise de répondre à EcritOL, vendredi 1er juillet 2011.

Alice

ce 30 juin, hôtel de l’Univers.

mon cher, très cher Luc.. d’où je suis, oui, je te lis. non. je ne t’écris pas. du moins pas jusqu’à ce jour. mais, à dire vrai, je ne t’écris pas plus aujourd’hui. je crois qu’il s’agit plutôt ici de pouvoir te dire ce que je n’avouerai jamais. ce que je ne peux te faire lire. nous sommes si éloignés maintenant.

non. pas un regret. nous avons fait des choix. en toute connaissance de cause, et des conséquences que cela impliquait. pour nous.
me rappelle encore notre rencontre.
toi.. déjà ton univers. tes photographies qui exprimaient tout haut ce que les gens ne voyaient plus ou ne voulaient plus voir en eux. tes rêves de drakkar comme dirait Nils (tu disais : “ce sera le Toy”). tu voyais loin. tu vois toujours si loin.

moi.. à me chercher encore. à n’aimer que fouler le sable, pieds nus, à marcher dans tes pas, l’écume nous frôlant les chevilles..
quelles traces avons-nous laisser là-bas, sur cette plage où nous aimions ?

un soir, au printemps, il nous fallu parler des lendemains.
tu le savais bien. il me fallait partir. c’était là où je devais être.
ton regard ce soir-là, sur l’horizon. deux jours auparavant tu avais vu ce bateau.

ton regard alors..
ça ne faisait aucun doute. tu avais réalisé ce que tu devais à terre. il me fallait te laisser prendre la mer. Le Toy..
non mon cher Luc. non. Le Toy n’est pour rien dans mon départ. tu le sais bien.

mais moi, Luc, la terre. la terre et ses contrées. la route. plutôt celle de la soie, de Samarkand que les marées hautes, les jours sans ciel.. c’était toi ça. c’est toi que cet espace appelle.
oui. nous avons grandi ensemble. nous nous sommes éveillés, ensemble, à des désirs insoupçonnés.

je n’avais jamais laissé de traces sur le sable avant toi. jamais osé être et réalisé ce que j’aimais. nous riions comme des enfants. nous avions trouvé notre place, nos désirs de vie.
notre goût du voyage mâtiné d’ermitage et de belles rencontres.

pas sous les mêmes cieux.
“je t’écris toujours” mon cher Luc. un lien jamais rompu. tu restes en moi. trace indélébile. l’écriture. c’est toi. quand j’écris. même éloigné des sujets qui nous préoccupaient alors, quand j’écris, c’est toujours un peu de toi que je couche sur le papier. tu m’as appris cela mon cher Luc. tu m’as laissée trouver ma voix. ma plume.

et ce soir, comme tant d’autres, il me faut t’écrire un peu. ne pas oublier. me rappeler. c’est un peu comme si je me retrouvais près de toi, là, sur cette plage, un soir après nos traces. un peu comme si je tenais, depuis tout ce temps, ce fil qui tient nos pas sous l’écume. ce fil. notre mémoire. notre phare.

      ,ton Alice

Commentaires pluvieux

23 juin 2011

La terre sous la pluie ne se mouille pas aisément, dure qu’elle demeure après des sécheresses. Il pleut ce soir pour noyer les décibels des Hommes, l’on ne sait qui gagnera vraiment mais la terre se décante néanmoins lentement, rassurant les jardiniers. Ce jour de pluie offre l’autre musique qui nous manquait, comme un clavecin sur les tuiles que ponctue le carillon sur les tôles,là-bas ; des traits faussement réguliers sur les grandes feuilles des liquidambars. Au fil des nuages, la terre se décante et revit, exhalant ici de la poussière abreuvée. D’autres jardiniers reprennent leurs outils, crayons et claviers : lettres instantanément agencées en mots qui s’alignent lentement par phrases. Comme eut dit Hundertwasser, les jours de pluie sont beaux et invitent à l’écriture.

Regentag, statt Musiktag.

(Echanges vers le 21 juin 2011 : #air_write, chez Babelibellus).

& : Temps de l’eau, Les ciels pleuvent.

Hypermots

21 juin 2011

Quand la pénombre gagne le haut de la bibliothèque et le poids appuie sur les paupières, les mains ouvrent quelques codex pour une demi-heure de butinage intensivement textuel d’une page à l’autre. L’on lit et l’on recopie, l’on griffonne et l’on prévoit de futures guirlandes de mots. A gauche le carnet noir de papier blond et à droite le clavier-écran relié à la Toile, l’inverse peut-être ; la nuit est celle du travail littéraire. Plus tard que prévu la couette tombera mais le sommeil court sera plein de mots et réparateur.

Relire des lignes est une nouvelle interprétation, changeant non pas tant le sens que le rythme et la couleur des termes choisis, faisant découvrir d’autres échos au fil des paragraphes ; donnant aussi à entendre d’autres voix.

Tout n’est que vases communicants d’un texte à l’autre. Le mot de mode est l’hypertextualité, si vieille pourtant.

(Jours de juin 2011).

Partir ensemble

20 avril 2011

L’on part. La nuit est fraiche mais lourde ; un cri de chien court après une moto cahotante. Les papilles gardent le goût de terre du café, un goût de pluie insidieuse filant goutte à goutte sur de grandes feuilles vertes intensément. Les autres nuits furent courtes ou longues selon les rythmes du groupe mais celle-ci n’aura pas de fin. Mais il eut en fin d’après-midi la cérémonie, dégageant gestes après gestes l’odeur des grains se torréfiant puis se broyant, enveloppant la brise de pluie suspendue d’un voile d’encens ajouté ; une grande platée de pop-corn tournait à ridiculiser n’importe quel cinéma d’Occident.

C’est une terre de Toyota pour la sillonner sur les sentes et les routes, et même en enfilade des marchés aux couleurs de terre, mais d’une terre d’arc-en-ciel qui livre les épices et les fruits comme un eldorado. L’on en a vu très peu, mais très longuement quand chaque minute se dilate. L’on veut partir avec le cri du singe, avec les sourires croisés et parfois invités dans l’appareil photo ; des bruits inédits comme une sphère sonore qui n’est d’aucun coin d’Europe suivent. Un ornithologue mettrait des étiquettes mais l’ouïe fine ne se trompe pas. Au détour d’un bus un groupe peut chanter et danser, ou l’inverse, d’une manière si confondante parfaitement juste et rythmée.

C’est une terre de parole ; le groupe lui-même converse comme une mousson depuis cinq jours, sans vouloir s’arrêter parfois pour faire percoler les impressions. Il eut peu après l’arrivée ce grand appel de la vie quand les enfants arrivèrent ; tous se regardaient se mirer dans la nouvelle génération.

Verte et noire, d’ocre est la nuit. Les enfants attendent plus extérieurement inquiets que ne le montrent les adultes. Les petits ne sont pas encore endormis ou mal réveillés ; les grands ont les gestes parfois fébriles car ils savent que c’est à l’instant le grand Départ. Les bras cherchent leur avenir, des petits et des grands ensemble.

L’on part dans son futur, penchés sur lui, sur elle, avec eux ensemble ; les hommes portant leur avenir si fort, les femmes le tenant d’une main soudée. Dans quelques mois ces enfants diront les mots les plus personnels, Papa et Maman mais il faut partir maintenant car l’avion de nuit n’attend pas, mais l’on voudrait rester sur cette terre ocre et verte et l’on veut rentrer chez soi.

L’on partit. Luc accompagnait sa sœur. Ils rentrèrent avec Nils, garçonnet alors. Luc reviendrait sur cette terre avec son Toy, peut-être son neveu. Mais partir il fallut vers l’aéroport, où l’attente se fit en parlant pour meubler et former ensemble les souvenirs qui bouillonnent.

(Avril 2011).

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