Les secondes se précipitaient et ne peinaient pas à suivre le rythme des photons.
L’opéra posé sur le fjord fut une rencontre comme celle que Luc vient quérir en voyage : bâtiment, lumière, calme du retirement par devers soi pour observer les humains. C’était en fin d’avant-déjeuner, en seconde moitié de matinée avant de prendre le train pour Lysaker sur la ligne d’Anker.
Ce fut ensuite les retrouvailles, d’après l’heure du goûter qui ne vint pas ; la flânerie au bord du fjord pour retrouver Septentrion, douceur, air, hauteurs qui ne coupent pas les horizontales, calme des heures tant la course du soleil est ici plus lente. Luc se retrouvait à Gotheborg, à Helsinki, à Espoo, sur les rivages baltes.
Et puis, au bout des pas, le bâtiment de Telenor contourné s’est ouvert en deux sur une longue place d’Est en Ouest. Les arcs en guise de façade étaient faits pour recevoir le couchant, qui prenait ici le temps de se poser. Ici, Luc retrouva avec la même palpitation la possibilité de regarder directement le soleil, sans filtre ni crispation. Les façades en arc, face à face, recueillaient la lumière : ici, l’on touche la lumière pensa Luc ; elle est palpable qui me baigne sans brûler.
Au faîte courant tout au long des bâtiments, des aphorismes lumineux défilaient en anglais, qui ne manquaient pas de poésie sur les choses du son. Luc alors a caressé les photons, alors même qu’il avait trop de photons à disposition pour se mettre à écrire.
C’était, au détour du chemin vert, un bâtiment pour porter véritablement la lumière, et qui à ses yeux subjugués ridiculiseraient tant d’autres tentatives d’architecture pour construire en verre.
Vers l’Est l’amande s’ouvrait largement au-dessus du fjord à chaque matin ; vers l’Ouest, le disque solaire emplissait l’intégralité de la pupille sans qu’elle cille. Comme en Laponie, il y avait cette impression de début du monde et, aussi, de découverte de ce qui attend par-delà des portes des confins.
Il lui revenait cette pensée insistante, récurrente depuis des années, que le Grand Nord est un lieu d’apaisement qu’il suffit d’atteindre de quelques jours de Toy. Il lui venait l’envie de se glisser dans sa couche non à l’hôtel mais à l’arrière du gros véhicule tourné vers le fjord. La boussole lorsqu’on la suit offre une forme de liberté, qui nourrit l’appétence pour la photographie.
Ici, l’on touche la lumière. Luc prit son téléphone pour joindre Alice demeurée dans le Sud.
(Oslo, fin septembre 2009).