Archive pour 'Septentrion'Catégorie

Forme de lumière

6 juin 2011

Histoire d’eau et de forme de pierre aux pieds moussus d’herbe que le climat octroie, sur les traces de Luc passant ce que capte l’appareil. Les heures et les saisons différent imposant des rythmes à la progression ainsi qu’à la prise de photons, selon la trace de la voie et l’état du soleil.

Et pointe parfois l’évènement, entre les bouleaux qui dévoilent dans leur feuillage aéré l’étendu où roulent les galets de la Baltique. Le courant de lumière serpente alors dans ce monde à peine mobile qu’un clapotis de vaguelettes mouille en s’excusant presque. Ici le soleil demeure allongé au fil des mois, sur lequel le passager silencieux se blottit. C’est alors que la raie de lumière pointe exactement au milieu du regard ; les paupières n’en clignotent même pas de ravissement. Le voyage s’arrête alors, et Luc s’avance sur la plage. Longtemps quand les heures n’ont guère bougé, le sac se renferme enchaînant les pas d’une pierre à l’autre.

Le Toy est prêt pour la poursuite.

(Début juin 2011).

Double soleil

17 février 2010

Je garderai dans le regard
le point d’orange et le point de rose rejoints
par la même heure la nuit
sans sombre sans trouble sans bruit

Les deux soleils me susurrent une histoire
de lumière éternelle au faîte de la Terre
où le Nord rejoint l’Ouest et l’Est
sous la ligne polaire d’un cercle imaginaire

La lumière est sans ombre qui
me garde là-haut un pan
de ma mémoire médusée.

(Mémoire de Töre, Suède).

Fjord

1 février 2010

Les secondes se précipitaient et ne peinaient pas à suivre le rythme des photons.

L’opéra posé sur le fjord fut une rencontre comme celle que Luc vient quérir en voyage : bâtiment, lumière, calme du retirement par devers soi pour observer les humains. C’était en fin d’avant-déjeuner, en seconde moitié de matinée avant de prendre le train pour Lysaker sur la ligne d’Anker.

Ce fut ensuite les retrouvailles, d’après l’heure du goûter qui ne vint pas ; la flânerie au bord du fjord pour retrouver Septentrion, douceur, air, hauteurs qui ne coupent pas les horizontales, calme des heures tant la course du soleil est ici plus lente. Luc se retrouvait à Gotheborg, à Helsinki, à Espoo, sur les rivages baltes.

Et puis, au bout des pas, le bâtiment de Telenor contourné s’est ouvert en deux sur une longue place d’Est en Ouest. Les arcs en guise de façade étaient faits pour recevoir le couchant, qui prenait ici le temps de se poser. Ici, Luc retrouva avec la même palpitation la possibilité de regarder directement le soleil, sans filtre ni crispation. Les façades en arc, face à face, recueillaient la lumière : ici, l’on touche la lumière pensa Luc ; elle est palpable qui me baigne sans brûler.

Au faîte courant tout au long des bâtiments, des aphorismes lumineux défilaient en anglais, qui ne manquaient pas de poésie sur les choses du son. Luc alors a caressé les photons, alors même qu’il avait trop de photons à disposition pour se mettre à écrire.

C’était, au détour du chemin vert, un bâtiment pour porter véritablement la lumière, et qui à ses yeux subjugués ridiculiseraient tant d’autres tentatives d’architecture pour construire en verre.

Vers l’Est l’amande s’ouvrait largement au-dessus du fjord à chaque matin ; vers l’Ouest, le disque solaire emplissait l’intégralité de la pupille sans qu’elle cille. Comme en Laponie, il y avait cette impression de début du monde et, aussi, de découverte de ce qui attend par-delà des portes des confins.

Il lui revenait cette pensée insistante, récurrente depuis des années, que le Grand Nord est un lieu d’apaisement qu’il suffit d’atteindre de quelques jours de Toy. Il lui venait l’envie de se glisser dans sa couche non à l’hôtel mais à l’arrière du gros véhicule tourné vers le fjord. La boussole lorsqu’on la suit offre une forme de liberté, qui nourrit l’appétence pour la photographie.

Ici, l’on touche la lumière. Luc prit son téléphone pour joindre Alice demeurée dans le Sud.

(Oslo, fin septembre 2009).

Le sourire des bougies

2 octobre 2009

Le café est tendu de rideaux, certains moirés d’autres comme en velours. L’on y entre avec les pensées immédiatement apaisées et douillettes qui hésitent entre les canapés club tapissés de nombrils et qui coincent des tables basses ; l’on pourrait les porter dans la salle du fond, ces songes, l’on irait voir le mur bibliothèque garni tout en ayant laissé l’oreille dans la première salle car, instantanément dès les premiers petits pas mêmes, le bas niveau de la musique séduit.

Les sons ne sont pas tant étouffés que doux, comme une caresse, comme une douceur dans la tasse ou la cornée. Les humains y ont même le sourire presque tendre d’une bougie.

(E. Ødegaard Spiseri & Drikkeri, Oslo, octobre 2009).

Photons d’Oslo

2 octobre 2009

Il suffit d’à peu près la même chose pour que les images se remettent en route, que les mains des poches ressortent pour se saisir par quelques doigts de l’appareil. Il suffit d’ombre et de soleil à Oslo, de cette lumière sans pareil pour que Luc sache, comme s’il l’avait oublié, pourquoi il est à la poursuite de sa boussole à photons.

Au bord du fjord glissent ces photons palpables, qu’il touche des yeux sans verres fumés et sans même ciller. Les deux arcs en guise de façade furent construits pour suivre le soleil. Les façades en arc, face à face, pas exactement symétriques, recueillent depuis les grains de lumière sans brusquerie. Au faîte courant tout au long du plus long des bâtiments au Nord, des aphorismes lumineux en anglais ont pour les meilleurs un air Dada.

Luc palpite d’avoir ses prunelles sans filtre ni crispation. Il va et vient, d’Est en Ouest sur la placette plantée de colonnes zébrées. Vers le fjord au levant, l’amande de la place s’ouvre largement ; au ponant, le disque solaire s’abime dans un ample flot orangé qui emplit l’objectif.

Le Toy doit très certainement attendre Luc le capot pointé vers l’eau. Un point de lune les bercera tout à l’heure.

(Oslo, octobre 2009).

Gamla Stan, Stockholm

16 juin 2009

(Les mots peuvent suffire pour faire patienter l’estomac)

Un carnet et l’ami Doc Martens pour partir le soir sans fin, manger quelque part sans trop réfléchir si ce n’est de faire une pause plutôt rare en trois jours. Ce sera du rêne et des airelles, du pain, du fromage suédois et des fruits locaux, au calme servi avec juste l’odeur plutôt discrète d’une orchidée dans son soliflore posé sur la petite table de bois.

Venait en chemin, répétitif, l’idée selon laquelle la richesse n’est pas la puissance de la voiture, la superficie de la maison ni même le diamètre de la montre mais de savoir qu’il est possible de retrouver la plus belle lumière du monde, accompagné de ce calme intérieur nourri de curiosité silencieuse et de capacité de résistance aux ruptures de rythme ; oreilles et prunelles ouvertes. Une pincée de polyglotisme, aussi, est ce trésor exquis impossible à dérober, inviolable qui ne peut que se déployer à longueur d’usage.

(Miam, avec des mots à mâcher)

Puis les pas reprendront leur suite régulière, paumes dans les poches ou doigts au vent, les neurones encore baignés de mots qui supplanteront les photos que seul Luc serait capable de prendre de cette lumière claire de nuit, de celle-là qui réveille en sursaut entre quatre et cinq heures chaque retour pour là-haut, pour se rendormir, heureux de douceur et apaisé comme un bébé après une régalade de photons. En partance pour l’hôtel, je mélangerai mots de travail et ceux de flânerie, sûrement par plusieurs langues en un contrepoint.

(Miam, à se demander si l’ami Luc ne transitera pas bientôt dans ces quartiers)

Il me souviendra, ce temps de pause comme une cadence parfaite d’une suite d’accords réussis ; et le nez suivant la brise de nuit de Stockholm.

Töre, Suède

19 août 2008

Le Toy est tourné vers le Sud, l’ouverture du Golfe de Bothnie, mais la boule de feu jaune surprend Luc dans le dos, là derrière depuis le Nord. La bise fraîchissante a chassé les moustiques, les piquants du moins. Est resté le frémissement du silence, et le cri de quelques oies s’ajoutant. Le ciel même n’a finalement pas d’heure pour lui qui ne vient pas si souvent jouer avec le Cercle Polaire. Il est trois heures du matin comme il serait une heure impossible sous une autre latitude alors que la main orange rosée du couchant reçoit le doigt rose bleui de brume du levant, au même instant qui n’en finit plus de s’étaler dans toutes les directions de l’horloge.

Il demeure ainsi au pied du Toyota, la boite à photons ouverte à toutes les lumières de la nuit. Depuis quelques jours, il avance dans le soleil à toutes heures du cadran. Il voudrait ne jamais dormir pour enfermer du regard toute cette orgie de lumière ; il aimerait presque ne choisir que l’heure des siestes en fonction des éléments. D’heure il n’est que celle que l’on décide, et que celle que les moustiques facétieux élisent pour venir ou non dévorer la peau gorgée de soleil.

La pensée finit par s’étirer alors que le soleil s’allonge sans fin, s’étalant dans toutes les directions. Luc s’endort sur une pensée suave d’une lumière à portée de doigt.

Jokkmokk, Suède

15 août 2008

De retour d’une petite journée et d’une longue découverte sur les sentiers du Muddus Nationalpark où nous trouvâmes : les mousses et lichens éternels, la forêt primitive (Urwald, Virgin forest), les moustiques préhistoriques, les torrents post-glaciaires (canyon & chute) dans un ensemble sublime où les souches et les rochers s’animaient, où les souches calcinées montraient elles-mêmes que l’incendie fait partie du cycle de la vie de la forêt boréale. Nous bénéficiâmes de plusieurs lumières, celle d’abord d’une condition anticyclonique retrouvée, celle ensuite d’un bref épisode de pluie que nous craignions à tord être de grosses gouttes, celle encore de l’oblique jouant sur les mousses entre les troncs.

C’est au retour que nous rencontrâmes un couple d’Allemands souriants et affublés d’une moustiquaire à tête comme nous ; nous parlâmes longuement à bâtons anglophones rompus. Ils sont en route scandinave depuis avril dernier et pour 6 ou 7 mois. Ils nous ont raconté préparer un livre.

Ce soir sans fin donc sous une lumière sans fond, de retour de la première sortie réellement randonnée des vacances, nous retrouvons la terrasse quasi-privative du recoin des tentes face au lac panoramique. Le rose a cédé la place, à l’Est, au mauve tirant sur le myrtille. Se prépare-t’il, à l’Ouest, l’explosion d’orange que j’ai pu observer lors de la première non-nuit à Lulea ?

De retour à Jokkmokk, nous fîmes un arrêt au pub Gasskass, celui là-même qui nous avait séduit hier. Nous y retrouvâmes une atmosphère réussie de mobilier et de décoration aussi sobres que délicates, avec une musique soit quelconque (hier), soit sobre en intensité (ce soir). Nous prîmes tout à l’heure le temps de parler doucement des jours qui s’étirent, et des kilomètres à pied et en pneus qui nous attendent ; j’ai même senti C* très en appétit du programme des deux prochaines semaines jusqu’à notre retour à Helsinki.

Les myrtilles débordent du bol“, dis-je à C*, enrobée du plaid confortable. Elle lève par intermittence la tête des pages pérégrines de Nicolas Bouvier.

Sur la route du retour, nous répétions tout à l’heure l’énumération des remarques : grandes distances entre les localités, de 50 à 100 kilomètres, mais in fine plus d’activités et de circulation que ce que nous avions imaginé (sera-ce différent lorsque nous basculerons en Finlande, lors de la liaison de 300 kilomètres entre Kiruna et Rovaniemi ?).

Il y a la lune aussi“, dit C*. “Elle évolue, c’est le dernier quartier… presque une lune de plein jour” ajouté-je.

(Cercle Polaire & Musée Sami, troisième semaine de juillet 2008).

Abisko, Suède

14 août 2008

Là-devant, à droite, à gauche, derrière au Sud, le paysage s’ouvre en diagonale et traverse toutes les vitres. Luc arrête le Toy au bord de l’E10 puis en descend. La vue sans échelle dilate les poumons et rétrécit les pupilles ; la lumière est du début du monde sans poussière jusqu’à ce que la vue se perde dans les diagonales de fuite.

Pour la première fois depuis des lustres et des kilomètres et même des continents, il se dit qu’il aimerait y avoir une petite maison à flanc de lac ou même sur cette île-là aisée à rejoindre en barque ou en ski l’hiver. Il y inviterait Alice et ils se mireraient ensemble dans la lumière sans fin ou, l’hiver, dans les orages solaires d’aurores boréales. Luc trouverait alors le temps sans borne pour montrer ses photos pour lui raconter sa vie.

Une sonnerie glisse hors du Toyota, la vitre entrebâillée, avec un parfum méditerranéen : c’est Alice.

Rovaniemi, Finlande

13 août 2008

C’était Alice au téléphone qui le regardait via la webcam. Luc l’appela pour être vu à l’autre rive de l’Europe. Hors champ, n’y laissant que le Toy garé en épi, il partit au hasard perpendiculaire du centre-ville dont les rues scandent ombre déjà fraîche et raies douces. Le soleil donne une âme à la ville dont aucun bâtiment ne semble se singulariser, si ce n’est la verrière étirée couvrant les salles enterrées de l’Arktikum.

Rovaniemi se goûte au bord de fleuve, la lumière de soirée enveloppe le cou. Tout est plus suave et moins intense qu’au 68° N d’où il revient. Depuis la Baltique, Luc a compté trois bandes lumineuses, atmosphères indépendantes du relief, du nordique au polaire en passant par le boréal. Les réglages et les filtres ne sont pas similaires qu’il soit à Vaasa, Helsinki, Jyväskylä, qu’il se trouve plus au Nord à Jokkmokk en Suède ou ici à Rovaniemi, qu’il pousse le Toyota plus loin encore entre Abisko la suédoise et Narvik la norvégienne où la lumière est celle du début du monde. Sur le cercle polaire, ici, elle n’a pas de fond presque pas de fond ; elle peut être à la fois d’est et d’ouest voire du nord jaune au milieu de la nuit de jour.

En ce début d’août, le soleil finissait par disparaître sans pour autant que le ciel ne s’éteigne ; l’heure suspendue était celle d’un sauté de renne puis d’une vodka quasi-congelée le tout présenté par des serveurs ravis de la curiosité pérégrine de Luc. Le restaurant était calme avec le minimum d’ambiance vaguement musicale.

En ce début de nuit, il n’était que temps de reprendre le volant pour une route de traverse que le Toy ne sentira même pas si c’est d’asphalte ou de gravier bien dur. Il sera alors l’heure de s’allonger sur le capot assoupi pour photographier la voute couvrant la cime pointue de la forêt sans fin, elle aussi.

(Rovakatu & l’Arktikum à Rovaniemi)

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