Archive pour 'Boussole'Catégorie

Plaine marine

14 août 2011

Ces plages peuvent être sublimes à marée basse, quand d’un ciel couvert plonge un puits de lumière couvrant la mer immense d’une nappe d’écailles argentées.

(Stella, août 2011).

Solstices

23 juin 2011

L’heure tourne sur elle
Même si le soleil ne fait qu’un
Arc et qu’un seul ici ou là
Bas ou haut, horizontal
Au nord toujours, jours égaux
Au sud.

(Soir de juin 2011).

Forme de lumière

6 juin 2011

Histoire d’eau et de forme de pierre aux pieds moussus d’herbe que le climat octroie, sur les traces de Luc passant ce que capte l’appareil. Les heures et les saisons différent imposant des rythmes à la progression ainsi qu’à la prise de photons, selon la trace de la voie et l’état du soleil.

Et pointe parfois l’évènement, entre les bouleaux qui dévoilent dans leur feuillage aéré l’étendu où roulent les galets de la Baltique. Le courant de lumière serpente alors dans ce monde à peine mobile qu’un clapotis de vaguelettes mouille en s’excusant presque. Ici le soleil demeure allongé au fil des mois, sur lequel le passager silencieux se blottit. C’est alors que la raie de lumière pointe exactement au milieu du regard ; les paupières n’en clignotent même pas de ravissement. Le voyage s’arrête alors, et Luc s’avance sur la plage. Longtemps quand les heures n’ont guère bougé, le sac se renferme enchaînant les pas d’une pierre à l’autre.

Le Toy est prêt pour la poursuite.

(Début juin 2011).

Aube minorquine

29 mai 2010

La lumière d’aube, toujours douce, permet de relire le paysage déchiffré hier en vélo. Ce pourrait être l’heure de Luc, le peintre des photons à califourchon sur le rebord du coffre du Toy, un mug de thé avec fumerolles. Le sommeil peut bien attendre, les jours d’une vie n’en finissent pas d’offrir d’autres occasions. Ce matin est musique, la lumière cavalant pour installer le soleil à l’opposé de celle du Grand Nord qui a tout le temps de la terre ; pas tant de celui de la terre, à bien considérer, que celui du cosmos. A Menorca (Minorque), le soleil s’habille en une demi-heure.

Les idées divaguent, elles, presque aussi rapidement ; Luc continue de pédaler en songe éveillé entre les murets. Il a repéré tant de différence, et son regard s’est arrêté sur les cheminées coniques coiffées d’une pointe.

(Ciutadella-Maó, Menorca, fin mai 2010).

Vélo minorquin

28 mai 2010

La pluie se sent venir, qui pourrait tomber des nuages venant de l’Est. Sur le site Torretrencada, à moins que ce soit Torrellafuda, les oiseaux suivent les songes à allure de croisière, comme prévu. Par hasard en cherchant la sortie de Ciutadella, l’itinéraire n°1 vers Ferreries, en retrait de l’axe principal de l’île, s’est ouverte. Vite vinrent quelques carrières de pierre puis seuls les champs verrouillés dans leur corst de murs de pierre.

Luc n’aurait pas mieux fait, extirpant du Toy le Brompton mais il aurait embarqué la bonne boite à photons. Il aurait sûrement pensé à la correspondance entre la précision d’un son et celle d’un photo ; de la netteté dans les deux cas.

Les quelques gouttes de pluie d’Orient sont difficiles à comprendre, l’évolution météo pouvant être humide ou juste couverte.

(Ciutadella-Ferreries, Menorca, fin mai 2010).

Soir minorquin

25 mai 2010

Horizontalement et verticalement, le pays est à angle droit avec des arêtes vives brisées par un soleil plein.

Le soir glisse vite du jour à l’odeur encore vive de soleil à la nuit qui reste sous la brise de lac, non de mer. Cela ne ramène aucune iode du bout de l’horizon ; juste des histoires méditerranéennes se bousculant dans la mémoire cacophonique de temps d’échanges et de temps tendus. En mai prêt à basculer en juin, les habitants peuvent être permanents, ou de passage en touristes ; les premiers pourraient sembler plus nombreux.

Chose de mot sûrement étant parti sans roman, je pense récursivement à Cees Nooteboom pendulant saisonnier entre Amsterdam et Menorca (Minorque). Le passage est trop bref non pour le rencontrer directement mais lire sinon écrire abondamment des bouts de mots chiffonnés que l’on garde sur le fil de la ligne noire.

La ligne est un jeu d’angles vifs tranchant les surfaces. Luc pourrait y glisser, à moins qu’Alice l’y attende ; glissant d’une brise marine entre deux saisons avant la foule des crêpes solaires. Il serait venu par bateau arrivant et repartant vers le sud-ouest, probablement Majorca (Majorque).

L’Europe passe et repasse ici, cherchant l’archétype des vacances, polarisant les goûts vers le rien-faire et la chaleur qu’il ne faut pourtant pas trop chercher à supporter, comme fuir les éléments. Un indéniable charme à cela peut néanmoins être déniché, selon sa partition.

(Ciutadella, Menorca, fin mai 2010).

Camping viennois

20 février 2010

Un tel lieu offrait une quantité illimitée de scènes furtivement attrapées, souvent oubliées mais dont certaines s’accrochent à la mémoire. Cela put être ce fumeur qui recrache un panache bleuté dans le halo du spot de son camping-car, ou un souvenir partagé au téléphone après le Konzertcafé en sirotant un thé blanc marquant en regardant la pluie viennoise dans la ruelle.

(Te souviens-tu, Alice, de mes photos naguère de la figure des jeunes Norvégiens et Suédois absolument indifférents à la pluie froide de Jokkmokk, en Laponie, qui continuaient à jouer, courir et pédaler ?).

Ce camping-ci fut l’un des plus insatisfaisants pour les expérimentés, mais singulièrement pratique à une demi-heure de Karlplatz ; justement pour cela médiocre : mal nettoyé, sous-équipée et cernée des bruits de ville.

(Te rends-tu compte, Alice, que je me suis extrait du Toy à 7h30, ce matin, pour espérer et finalement savourer l’eau chaude ?).

Luc est passé par Vienne. Il a demeuré des heures durant dans le Museumsquartier, à lire ouvrages de photos et d’architectures, à profiter du brassage des styles et à se reposer du calme coupé des flots de la circulation du Ring ? Il ne pourrait alors s’empêcher de penser à Berlin où il est plus aisé de mélanger avant-gardisme et touche de culture classique.

(Dis, Alice, je voudrais tant t’y emmener).

Dans les cours du Museumsquartier se trouvaient de grands bancs-couchettes jaunes où il était aisé de regarder les faitières ou ses songes. Il était facile d’opter pour l’ombre et le plein soleil aux différentes heures.

(Ton visage aurait brillé, Alice).

(Août 2009-février 2010).

Double soleil

17 février 2010

Je garderai dans le regard
le point d’orange et le point de rose rejoints
par la même heure la nuit
sans sombre sans trouble sans bruit

Les deux soleils me susurrent une histoire
de lumière éternelle au faîte de la Terre
où le Nord rejoint l’Ouest et l’Est
sous la ligne polaire d’un cercle imaginaire

La lumière est sans ombre qui
me garde là-haut un pan
de ma mémoire médusée.

(Mémoire de Töre, Suède).

Fjord

1 février 2010

Les secondes se précipitaient et ne peinaient pas à suivre le rythme des photons.

L’opéra posé sur le fjord fut une rencontre comme celle que Luc vient quérir en voyage : bâtiment, lumière, calme du retirement par devers soi pour observer les humains. C’était en fin d’avant-déjeuner, en seconde moitié de matinée avant de prendre le train pour Lysaker sur la ligne d’Anker.

Ce fut ensuite les retrouvailles, d’après l’heure du goûter qui ne vint pas ; la flânerie au bord du fjord pour retrouver Septentrion, douceur, air, hauteurs qui ne coupent pas les horizontales, calme des heures tant la course du soleil est ici plus lente. Luc se retrouvait à Gotheborg, à Helsinki, à Espoo, sur les rivages baltes.

Et puis, au bout des pas, le bâtiment de Telenor contourné s’est ouvert en deux sur une longue place d’Est en Ouest. Les arcs en guise de façade étaient faits pour recevoir le couchant, qui prenait ici le temps de se poser. Ici, Luc retrouva avec la même palpitation la possibilité de regarder directement le soleil, sans filtre ni crispation. Les façades en arc, face à face, recueillaient la lumière : ici, l’on touche la lumière pensa Luc ; elle est palpable qui me baigne sans brûler.

Au faîte courant tout au long des bâtiments, des aphorismes lumineux défilaient en anglais, qui ne manquaient pas de poésie sur les choses du son. Luc alors a caressé les photons, alors même qu’il avait trop de photons à disposition pour se mettre à écrire.

C’était, au détour du chemin vert, un bâtiment pour porter véritablement la lumière, et qui à ses yeux subjugués ridiculiseraient tant d’autres tentatives d’architecture pour construire en verre.

Vers l’Est l’amande s’ouvrait largement au-dessus du fjord à chaque matin ; vers l’Ouest, le disque solaire emplissait l’intégralité de la pupille sans qu’elle cille. Comme en Laponie, il y avait cette impression de début du monde et, aussi, de découverte de ce qui attend par-delà des portes des confins.

Il lui revenait cette pensée insistante, récurrente depuis des années, que le Grand Nord est un lieu d’apaisement qu’il suffit d’atteindre de quelques jours de Toy. Il lui venait l’envie de se glisser dans sa couche non à l’hôtel mais à l’arrière du gros véhicule tourné vers le fjord. La boussole lorsqu’on la suit offre une forme de liberté, qui nourrit l’appétence pour la photographie.

Ici, l’on touche la lumière. Luc prit son téléphone pour joindre Alice demeurée dans le Sud.

(Oslo, fin septembre 2009).

Nuages passant

31 janvier 2010

Les nuages se succèdent à vitesse de valse, ils posent sur le ciel des notes saccadées ou longues sur fond bleu. Dessous, la ville plate s’allume et se voile en rythme, comme un tramway glissant et s’arrêtant sur la ligne de bord de fleuve. En nocturne les piétons passent encore sous les lampadaires portant leur halo de brumes en fines gouttelettes. Les passants marchent en s’enfuyant jusqu’à dans leur lit, enveloppés de la volute d’une barcarolle. L’on pourrait passer le pont en-dessous comme à la sauvette pour remonter le flot épars des pas, de lampadaire en lampadaire jusqu’à un empilement de lumières qui laisse un emboitement de bâtiments se deviner.

Durant quelques jours et chaque nuit jusqu’à fort tard, s’y côtoient jusqu’à se confondre des passants et des notes, des passants qui attendent pour s’assoir dans de nombreuses salles dans lesquelles bouillent des notes de toute sorte, des longues ou de très courtes, parfois fausses mais le plus souvent fort à propos. De fols concerts sont au programme.

Dehors les lumières océanes composent de bleu, de gris, de vert intense et d’un peu de jaune lors des pauses de nuages. Et la nuit est gorgée d’eau en corolle des lampadaires. Les passants se couchent tard et se lèvent tôt pour suivre les nuages qui les conduisent vers des notes.

(Nantes-Lyon, fin janvier 2010).

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