La route suit des phares les murets marqués des lames ayant pressé sur les bords des paquets devenus sales de neige à peine fondue. Niels arpente d’un coup d’oeil un virage brillant, et glisse sur les prunelles profitant du large pare-brise ; la brillance des cristaux de joie s’attendant à la paupière.
“Dis, préfères-tu les étoiles aux humains ?“. Luc ne répond pas autrement que par le ballet du volant d’un virage brun à un autre dénudant de la roche. Regarde, Petit Homme, ces fragments d’histoire dans les cristaux sont tombés du ciel qui en conserve la mémoire. Le Toy s’arrête dans une congère croquante, éteignant le gros moteur-mélopée. “Écoute, mon grand, ce que raconte la neige si j’ouvre la vitre. Mets ton cache-nez et ferme les yeux, écoute attentivement ce que tu n’entendrais que discrètement“.
L’air craque, ou s’effrite, ou amortit un pas. Le neveu n’ouvre pas les yeux quand il entend le déclenchement de l’appareil, juste intrigué. “La nuit, mon grand, et l’hiver qui plus est, les sons parlent autrement. Sais-tu que la neige enregistre les mouvements ?“. Luc le surprend toujours à oser photographier en lumière tamisée, comme habitée d’une histoire d’un temps incertain. La lune sort d’une crête, et le basculement de l’obturateur s’entend. L’oncle prend la main du garçonnet, yeux encore clos. “Chut, Luc, tu me montreras plus tard les photos ; j’entends ici un glissement sur un tapis de bills, là une croûte qui cède“. La boite à images se fait encore entendre, juste après cette saccade de pas double.
L’heure est peut-être à remonter la vitre et se blottir à l’arrière du gros 4×4, pour rêver dans le sac de couchage aux pas des animaux et au feulement des pas glissants, demain, lorsque des skis entraîneraient les semelles sur des neiges variables, cotonneuses ou givrées selon l’heure du soleil après le repos des étoiles.
(Orcières, fin décembre 2011).