La nuit s’installe avec deux halos rouges au bord de la tente, l’un par terre, l’autre juché sur le banc de bois. La température semble plus douce que la veille, les corps peut-être encore gorgés de chaleur de la randonnée le long de la Soča. Le rythme des pas revient vite, aisément plutôt lorsque le corps repris ses habitudes de bon matériel. Avec surprise et soulagement, la douleur à l’aine s’effaçait alors qu’elle trainait depuis Stuttgart.
La nuit tombe vite, en contraste avec l’été dernier lapon durant lequel le noir fut oublié. La chaleur n’est pas la même non plus, plus moite même que dans les Alpes françaises d’Isère et des Hautes-Alpes. Tombé le noir, mais le sommeil attendra, qui presse moins qu’hier peut-être au bénéfice de la première journée de marche montagnarde -et peut-être ajoutée la sieste d’une demi-heure avant la redescente-.
La mémoire s’impose promptement, avec la verticalité des parois, la lumière du soleil arrivant tard et repartant tôt, mais aussi de ce son de violon et d’alto qui transpirent de la Maison du Parc au bénéfice de qui semble être des master-class ou un festival classe de musique de cordes. Sur le parking comme dans les étages supérieures de l’exposition du musée (exposition hétéroclite et inégale, prioritairement intéressante pour la géologie, sourdent des phrases de notes qui parfois font écho à un concerto célèbre du répertoire.
Cela aurait pu être Luc, de passe d’une seule nuit au camping de bord de Soča. il avait sorti, je m’en souviens, à la nuit tombante, l’appareil-photo et le pied pour mettre en boite le bâtiment des communs. Il avait installé sa nuit dans un très gros 4×4, le Land Rover très rectangulaire, immatriculé à l’Est. La demoiselle accompagnatrice était blonde, le nombril au soleil et le short en jean de taille basse.
Ce n’était pas Luc, même s’il était peut-être photographe en jouant à l’être avec sa queue de cheval. Luc, lui, ne jouerait pas ; il est le photon silencieux qui n’a pas besoin de trépied pour prendre la température de la lumière. Il ne se déguise pas en artiste ; il se masquerait presque. et puis s’il est souvent solitaire, quand il ne l’est pas il est fidèle à une brune. Et puis, il sait d’expérience que le Toy est le meilleur véhicule qui soit non en ville dans les quartiers ostentatoires mais partout ailleurs -de préférence loin des villes précisément- et que le pare-brise ne se lave pas tous les jours quand on sait la rapidité de salissure mortifère du moucheron estival.
Ce n’était pas Luc, contrairement à l’apparence qui n’était que trompeuse. Mais la montagne était réelle ainsi que la musique qui débordait dans la vallée.
(Triglavski Narodni Park, été 2009).